Je descends par un terrier de lapin, c’est un réseau époustouflant là-dedans ! Comment puis-je me déplacer aussi facilement dans un trou si petit ! Après plusieurs carrefours, je débouche enfin à l’air libre, je ne tombe pas, la sortie est horizontale, mais le sol est un peu plus bas. C’est une clairière, je sens, je vois presque plein d’Animaux, mais j’ai peur d’en regarder un seul, de peur que ce ne soit dû qu’à mon imagination, j’ai déjà assez peur que tout cela ne soit factice… Il y a un sentier juste en face, un petit sentier à peine tracé, d’une petit mètre de large au milieu d’une forêt tropicale si intense que je ne pourrais même pas y faire un pas. Je prends donc ce chemin, je le suis pendant environ 100 ou 200m, et là, une autre clairière. Pareil, des Animaux, partout, je vois des oiseaux, des mammifères, et même des fourmis à mes pieds, cela grouille de vie, mais je n’ose toujours pas regarder.
Cette fois, 2 chemins s’offrent à moi, ils sont plus larges. J’hésite, je voudrais ne pas choisir, continuer tout droit, dans la forêt, mais c’est impossible. Je prends celui de gauche. Ils sont plus larges, ça doit faire 2m ou 2m50 de large, j’avance, et au bout de 30 ou 50 mètres, je tombe dans un grand trou noir, de 2m e large aussi, et pendant une quinzaine de secondes. Je tombe au pied d’une cascade. Pour remonter, je devrai escalader ces rochers plein d’eau. Je tends mes mains devant moi, l’eau est étincelante, c’est vraiment un havre de paix ici. Je me retourne, dos à la cascade, et le même schéma se présente à moi : à droite et à gauche, la forêt profonde, juste devant moi aussi, comme une île oblongue, qui commence à 10m de la cascade claire, et de chaque côté de cette île, la rivière formée par la cascade se sépare en deux. Pieds nus sur les rochers glissants, de l’eau jusqu’aux chevilles, je me sens en sécurité, je ne pourrai pas tomber, je ne me ferai pas mal.
J’emprunte le ruisseau de gauche, une fois encore. Je cours légèrement, j’ai envie de danser ; au bout d’un moment, l’eau est de moins en moins haute, les rochers deviennent juste mouillés, puis plus d’eau. Je sais que l’autre cours d’eau est là, à droite, à quelques mètres de moi, derrière ce mur de végétation. Y a-t-il encore de l’eau là ? J’avance sur les cailloux secs. Puis j’entends le bruit de l’eau, le lit du ruisseau tourne un peu vers la droite, je vais rejoindre l’autre, oui je le vois, il y a de l’eau, plein d’eau, les 2 lits se rejoignent, je cours à nouveau dans l’eau, droite ou gauche, quelle importance, ils menaient tous les deux ici.
Ici, dans cette 3° clairière. 3 corbeaux sur une branche en face de moi, je ne décèle pas leur expression. La vie ici est encore plus… intense, je sens encore plus d’Animaux, ils sont si nombreux, comment vais-je voir le mien ? Un loup, furtivement, apparaît à ma gauche. Un paresseux aussi, ou est-ce un koala ? Je ne sais plus. (*) Et là, à ma droite, un Animal auquel je m’attendais le moins ! C’est une licorne !!! Une licorne étincelante, à la robe blanche argentée, à la crinière d’une couleur indéfinissable, des yeux comme des diamants, elle est gracieuse, je vais vers elle, elle s’avance vers moi, je la découvre, je m’émerveille en m’étonnant : là vraiment, mon imagination me joue un tour !
Je ne sais si elle sourit, mais elle baisse sa tête vers moi, je vois ses yeux qui se mettent à tourbillonner, de 1000 couleurs comme une spirale plate (on se croirait dans Princesse Starla et les joyaux magiques…), elle m’hypnotise, elle doit me montrer des choses, mais je ne vois rien, je sait seulement que je ne dois pas m’aviser de grimper sur son dos, je n’ai pas le droit, elle n’est pas un cheval. J’ose alors lui demander si elle est mon totem. Enfin par pensée, pas par parole, aucune parole n’a été prononcée. Elle secoue sa tête de droite à gauche, de gauche à droite, non ce n’est pas elle, mais peut-être en fait-elle partie. Je ne comprends pas, c’est elle ou pas ? De sa corne, elle désigne tour à tour mes 7 Chakras, cela veut-il dire qu’elle correspond à l’un d’eux ?
Puis elle se retourne et repart dans la forêt, je remarque alors que les Animaux ici ont beaucoup plus de facilité à marcher dans la forêt que je n’en aurais…
Je me retourne aussi, vers le centre de la clairière, je vois des centaines d’yeux qui m’observent, mais montrez-vous !!! Sortez de la forêt, approchez, je veux vous voir, vous parler ! Je ne sais ce que chacun de vous est, et j’ai peur de le “décider”… Alors je sens un frottement contre ma jambe. C’est doux. Je regarde : Une petite boule de poils noire me regarde de ses immenses yeux dorés, à la pupille si particulière. Oh, je tombe à genoux, je fonds en larmes (réellement), je le regarde, le prends dans mes bras, l’admire. J’entends une voix qui hurle au plus profond de moi : “C’est toi ! C’est enfin toi ! Enfin !” Je ne comprends pas tout, mais un bonheur indescriptible me submerge, une félicité profonde, c’est comme si un énorme vide, un grand manque venait de se combler.
Alors je sers fort contre moi ce petit chat que j’ai attendu, désiré, rêvé au plus profond de moi durant des années, sans le savoir vraiment, mais maintenant, je sais, je sais ce qu’il me manquait ; à cet instant je pense à Sam, à Bey, à tant de personnes virtuelles, grâce à qui je suis ici, grâce à qui j’ai enfin pu te voir, toi mon… mon… ma… je ne sais, mais TOI !!!!
Es-tu mon Totem ? Aucune réponse, ni oui, ni non, ses gigantesques yeux me fixent avec un Amour, une Tendresse, une Compassion infinis. Je le serre si fort dans mes bras, je voudrais l’incruster dans mon corps, je pleure abondamment, je suis si heureuse ! Et puis soudain si triste… Je vais devoir le quitter. Il me le dit, enfin par la pensée. Je dois repartir, c’est comme ça, pas question de continuer pour l’instant. Je le regarde encore dans les yeux, son museau contre mon nez, et… il me lèche le bout du nez ! Oh cette petite langue rose, c’est si mignon ! Ca me rappelle quand moi je lèche le bout du nez de mon Homme, ou ses lèvres, exactement de la même façon, avec une tendresse immense. Puis je le repose, petit chat noir, mince, presque anémié, avec une tête un peu plus grosse que ce qu’elle devrait être par rapport à son corps, et ces immenses yeux dorés, je ne peux m’en détacher.
Que d’émotions pour une première fois…
Voilà, maintenant, je dois y aller, je dois partir, ne pas se retourner, ne pas le regarder, lui montrer que je suis forte, il m’envoie en pensée que je peux revenir ici quand je veux, aller, j’y vais, il le faut.
Je cours vers le ruisseau, j’emprunte le même, d’abord un lit sec, puis l’eau, peu à peu, puis al cascade. Je grimpe les rochers, il y a autant d’eau autour de moi que dans mes yeux, puis je sens que j’entre dans le trou de terre, il fait sombre, je continue à monter, il n’y a plus d’eau, me revoilà à la surface, dans le large chemin, je cours, voilà la deuxième clairière, je la traverse, lançant à la volée des “au revoir” à tous les Animaux, les Arbres, je reviendrai, je veux tous vous voir. Le sentier étroit et sinueux, le mur de végétation de chaque côté, puis la clairière, 3 mètres d’escalade, voilà le trou de lapin, je rentre, et là c’est si rapide, j’ai plus l’impression d’être happée vers la surface que de me déplacer moi-même, me revoilà dans mon corps, j’ouvre les yeux, ils sont remplis de larmes qui ont coulé dans mon cou, je me précipite sur mon cahier dans ma chambre, je reviens j’écris le récit détaillé de mon premier voyage chamanique, avec devant les yeux l’image ineffaçable de ces deux yeux dorés…

Dessin de mon chaton par Ikaa…
(Voyage datant d’au moins deux ans…)